Les « veilleurs » protestent pacifiquement contre le mariage pour tous

Sit-in, le 16 avril, à Paris.

La veillée commence à 22 heures, à la fin d’une nouvelle manifestation contre la loi autorisant le mariage entre deux personnes de même sexe, qui se disperse sur l’esplanade des Invalides près de l’Assemblée Nationale. Le lieu exact vient d’être communiqué par messages sur les téléphones portables qui concluent : « Soyons de beaux Veilleurs. Calme. Paix. Détermination. »

Les participants sont assis. Certains pique-niquent ou discutent à voix basse, d’autres semblent méditer. À la fin des discours ou des lectures, les mains s’agitent au-dessus des têtes pour applaudir silencieusement. Malgré la pluie légère, quelques bougies sont allumées.

Dans un silence complet, les intervenants se succèdent au micro pour chanter, jouer de la musique et lire des poèmes, des extraits d’essais ou de romans français, d’auteurs de tous bords politiques. Ainsi, un texte de Pierre-Joseph Proudhon, théoricien de l’anarchie, sur l’importance du mariage, est notamment récité.

Gandhi et Lech Walesa

S’ils se réfèrent au dirigeant politique indien Gandhi, apôtre de la non-violence ou au Polonais Lech Walesa fondateur de Solidarnosc, les veilleurs se veulent apolitiques et aconfessionnels. Le mouvement a commencé mardi 16 avril à Paris, après que soixante-sept personnes qui manifestaient aux abords de l’Assemblée nationale contre « le mariage pour tous », ont été interpellées par les forces de l’ordre. Depuis, le mouvement, dont l’ampleur grandit chaque soir – entre 600 et 800 participants étaient réunis vendredi soir –, a essaimé dans d’autres villes de France, comme Lyon, Toulon, Toulouse, Rennes et Nantes.

Pierre-Denis Autric, la trentaine, qui participe à la veillée, reconnaît que « sociologiquement la plupart des participants sont catholiques » mais avec la volonté de s’ouvrir à tous : « Nous récitons de la poésie et non des cantiques ou des « Je vous salue Marie », comme peuvent le faire les gens de Civitas ».

Le contraste est fort entre la pelouse où tout le monde est assis et où les organisateurs encouragent au silence et les slogans « Hollande démission » qui jaillissent à quelques mètres de là de la bouche des manifestants qui se font entendre devant le Palais-Bourbon.

Un jeune homme au micro appelle à être en communion avec tous, « tous incluant ceux qui ne sont pas avec nous contre le projet de loi. Ce qui est plus dur ». Il ajoute  : « Ce n’est pas une scénographie ni un happening, nous sommes en train de lutter contre un projet de loi qui veut nier ce qu’est l’homme. »

« Dans la paix et dans la vérité »

« Nous entendons beaucoup parler de violences dans les médias, de choses affreuses comme des agressions homophobes, explique Charles, 21 ans. Nous voulons montrer que nous sommes là dans la paix et dans la vérité pour nous opposer au projet de loi Taubira. »

Le jeune homme raconte avoir eu peur lors des veillées précédentes quand les CRS s’avançaient avec leurs matraques. « Hier (jeudi), 70 personnes ont été interpellées, certains traînés par les cheveux. Pourtant nous n’avions rien fait de mal. Nous ne voulons pas sombrer dans la violence ».

Ce vendredi soir, les forces de l’ordre, équipées de casques et de boucliers sont visiblement détendues, bavardant même avec certains manifestants.

Chez les organisateurs, la discrétion est de mise : « Nous ne voulons pas devenir les têtes d’affiches d’un mouvement, nous préférons que vous vous fassiez votre propre idée en participant à la veillée », déclare un grand brun, la vingtaine, refusant de répondre à des questions. Se contentant de souligner « la spontanéité » du mouvement.

Sur les Invalides, la nuit est tombée depuis longtemps. Il est minuit trente. « Comme promis la manifestation touche à sa fin. Respectons notre engagement. » La foule se disperse sans un bruit. Beaucoup comptent revenir. Jusqu’à quand ? Personne ne sait, mais chacun semble déterminé.

DAVID METREAU
Source : La Croix