Montreuil : les CRS délogent les opposants au village d’insertion des Roms

Montreuil, rue Paul-Bert, ce mardi matin 9 h 15. (LP/J.D..)

Ce mardi matin à 9 h 15, une quinzaine de CRS sont intervenus rue Paul-Bert à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pour déloger des riverains opposés à l’installation de logements d’insertion en préfabriqués pour onze familles roms. L’occupation avait débuté avant 6 heures lorsque Jean-Pierre Brard, l’ancien député-maire apparenté PC, et son ex-assistant parlementaire ont bloqué les deux extrémités de la rue avec leurs voitures.

Une dizaine d’habitants ont ensuite entamé un sit-in devant les grilles dressés par les CRS autour du village d’insertion. Après l’intervention des forces de l’ordre, un camion gruie et deux semi-remorques ont pu enfin accéder au terrain.

Les riverains, qui avaient déjà bloqué le chantier la semaine dernière, dénoncent le «passage en force» de la maire (EELV) Dominique Voynet.

Les représentants de la mairie, présents sur place ce matin, pointent une opération menée par une «poignée de militants politisés», selon eux peu représentatifs des habitants de la ville. Le collectif des riverains a déposé un référé contre ce village d’insertion lequel sera examiné le 20 mars par le tribunal administratif de Montreuil.

Source: LeParisien.fr

                                                                                                                                                         

Petit historique sur les villages d’insertion de Roms à Montreuil:

A Montreuil, 150 personnes bénéficiaires d’une opération de maitrise d’œuvre urbaine et sociale (MOUS) vont être installées sur un site plus salubre que celui utilisé jusqu’alors.

Dans ce contexte, l’association La voix des Roms a organisé dans cette ville, le 14 décembre 2009 un débat critique sur les MOUS et les villages d’insertion. La clef du problème se trouve dans les lois sur l’émigration qui limitent l’accès au travail pour les ressortissants Roumains et Bulgares. Les dispositifs dédiés spécialement aux Rroms coûtent très cher, ne résolvent rien et bénéficient plus aux organismes spécialisés qu’aux personnes en difficulté, affirme Saimir Mile, président de l’association www.lavoixdesrroms.fr.
Les difficultés ne viennent pas du fait d’être Rom, mais de l’errance forcée, de l’habitat indigne et du manque d’emploi dont souffrent des personnes de toutes origines et de toutes cultures, ajoute t-il en dénonçant le caractère stigmatisant des Mous et les villages d’insertion spécialement conçues pour des Roms.

Le gardiennage, 75% du budget des village d’insertion
Une dizaine d’opération de ce type sont engagées en région parisienne et dans différentes agglomérations. Elles consistent en l’installation dans des sites clos de familles bénéficiaires d’un programme d’insertion. Nous sommes limités par les moyens, nous ne pouvons prendre en charge que 348 personnes sur les 600 Roms présents dans la commune, remarque un collaborateur de Dominique Voynet, maire de Montreuil qui dès 2008 a engagé la plus importante des MOUS en faveur des Roms pour un budget d’1 million d’euros.
Nous cherchons des solutions nouvelles, car le gardiennage représente 75% du budget des villages d’insertion, mais il est exigé par les riverains et par certaines familles bénéficiaires, explique Alain Monteagle, adjoint en charge du dossier. La commune déplore les critiques portées à son encontre, depuis le 16 novembre 2009, date de l’expulsion d’un campement situé pré du site du salon du livre de jeunesse.

La Gazette des communes

                                                                                                                                                         

Et un bilan dressé par les élus du Renouveau Socialistes de Montreuil en 2012:

En 2010, les élus du groupe RSM avaient voté en faveur de la mise en place de la « MOUS» Roms de Montreuil. Nous pensions en effet que ce dispositif permettrait de créer un cadre indispensable de régulation de l’action municipale.  Depuis 2010, certaines actions ou certains propos tenus par des élus du Conseil municipal ont contribué à semer le trouble dans notre population. Les silences de Dominique Voynet et de son équipe, ainsi que les imprécisions multiples sur ce dossier, n’ont pas permis d’apaiser les esprits. Les méthodes utilisées, l’absence de concertation, parfois même les leçons de morale faites aux habitants n’ont pas contribué à apaiser la situation.

Ainsi, il est fait état du nombre d’enfants Roms inscrits à l’école. Une mission d’évaluation aurait permis de pouvoir vérifier la réalité de l’assiduité des enfants. Ce ne fut pas dans ses prérogatives. Nous aurons donc dû nous contenter des chiffres fournis par d’autres.

Lorsque nous avons questionné les associations missionnées pour intervenir dans la MOUS par exemple sur l’apprentissage du français, une condition importante pouvant favoriser l’intégration, il nous a été répondu que les cours pour adultes avaient été arrêtés « faute d’intérêt des participants». Au lieu de questionner la forme de l’enseignement proposé et de l’adapter au public, on se contente donc de supprimer l’activité. C’est déplorable.

La dimension financière de la MOUS

Pour télécharger le rapport sur la MOUS Roms, cliquez sur la vignette

Au final, l’impression qui ressort de ces 18 mois de mobilisation est plus que déplaisante. Dominique Voynet n’avait pas l’intention de faire la lumière pleine et entière sur la gestion de la MOUS Roms.

Il ressort surtout de ces travaux que la majorité municipale, sous couvert de vouloir faire de la solidarité, se noie en réalité dans des attitudes compassionnelles qui lui permettent d’excuser ses propres manquements ou erreurs, au nom de la lutte contre les discriminations – réelles – dont sont victimes les Roms.

La propreté aux abords des terrains, les opérations de mécanique sauvage, le stationnement anarchique, les problèmes récurrents à la déchetterie, les échecs de l’insertion, l’assiduité scolaire laissant à désirer, les tensions avec le voisinage ou les services municipaux… tout cela trouve toujours grâce aux yeux de la majorité municipale, et la faute est toujours et d’abord à reporter sur le dos de ceux qui s’en exaspèrent.

Comment ne pas constater, de conseil municipal en conseil municipal, que la majorité EELV fait preuve d’une générosité sans commune mesure, avec toute association (montreuilloise ou pas d’ailleurs), qui vient présenter n’importe quel projet dans lequel il est prévu de travailler en direction des populations Roms ?

Le même angélisme guette la majorité municipale dans les projets de logements-passerelles qu’elle a décidé de réserver en priorité aux familles Roms. Les bonnes intentions risquent hélas de se retourner en fin de compte contre les familles Roms de la MOUS.

Nous avons déjà mis en garde la municipalité sur ces points. Ne pas entendre les plaintes des Montreuillois, ne pas vouloir voir la réalité telle qu’elle est pour essayer d’apporter des solutions aux manquements, faire des petites et des grosses cachoteries qui finissent toujours par se savoir… voilà autant de risques qui contribuent à entretenir cet état de tension inquiétant dans le vivre ensemble montreuillois.

Une situation instable et une politique bien peu lisible

Au total en quatre ans, et selon les éléments financiers fournis par la ville, ce sont au moins 5,5 millions d’euros qui ont été investis par les pouvoirs publics dans cette MOUS, dont au moins 3,3 millions à la seule charge de la ville de Montreuil. C’est une somme importante. La solidarité a un coût et il ne s’agit pas de le nier. Mais le problème c’est que malgré ces sommes énormes engagées par la ville et ses partenaires, on peine à voir le bout du tunnel. C’est bien cela qui inquiète les Montreuillois, d’autant que la MOUS prendra fin en 2014 et l’on peine à voir ce qui se passera après cette date.

En quatre ans, la ville aura viabilisé 4 terrains. Ce sont des sommes conséquentes à chaque fois qui sont engagées pour raccorder l’eau, aplanir le terrain, l’électrifier, le remblayer, etc. Plusieurs centaines de milliers d’euro à chaque opération.

C’est la raison pour laquelle le groupe RSM réclame la mise en place d’un audit indépendant de la Chambre régionale des comptes et la nomination d’un organisme d’évaluation qui permette de fixer des objectifs clairs et précis à faire respecter afin de faire enfin de la MOUS Roms un outil pertinent d’insertion et d’émancipation pour les familles concernées. Sinon, tout cela n’aura servi à rien d’autre qu’à « passer le temps ».

Montreuil Autrement

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