D’irréductibles Gaulois

Bloc identitaire: vivre à contre-Coran
Article publié le 31-10-2011 par NOYON Rémi, CLOUTOUR Lola
Les identitaires aiment brouiller les repères. Ceux qui ont acquis une existence médiatique grâce à des opérations aux forts relents islamophobes chantent maintenant les louanges de la démondialisation à la sauce Montebourg. Mais les combats “électoralistes” n’enchantent guère ces militants classés à l’extrême droite. Après une candidature avortée à l’élection présidentielle, les identitaires se sont repliés sur leur première permanence : la rue. Et leur style de vie…

Ils débarquent à trois. Chemises sous polos, du Lacoste, style casual, parce qu’”être identitaire” c’est “aussi avoir la classe.” “Les Ray Bans et le Barbour, ça fait partie intégrante de notre façon de vivre,” explique Simon, jeune militant du Bloc identitaire. Pierre, membre du Projet Apache, la section des jeunes identitaires parisiens, commande un Côtes du Rhône. Pas question de boire un Coca. “C’est comme pour le McDo ou le kebab, nous on préfère le jambon-beurre.” Xavier, le petit jeune, a commandé un Orangina. Regards furieux des deux anciens.

“Le but du look cosy, c’est de les démarquer des skinheads,” explique Stéphane François, chercheur spécialiste des droites radicales. Et effectivement, ceux qui ont déboulé sur la scène “intello-médiatique” en organisant les désormais fameux apéros ‘saucisson-pinard’ en ont leur claque d’être traités de“nazi-broques.” Hugues Bouchu, la cinquantaine et coordinateur Île-de-France du Bloc: “On n’a pas des crampes dans le bras à force de trop le tendre.”

Face à la“diabolisation médiatique” orchestrée par des journalistes“gauchos/bobos/sciences po,” les identitaires se replient sur un style de vie. C’est à travers leurs actes quotidiens qu’essaimera leur attachement à l’identité charnelle enracinée, seul remède selon eux aux “poisons” de la mondialisation. C’est du “gramscisme de droite”, explique Hugues Bouchu, “il s’agit de court-circuiter les médias dominants en infusant dans la société nos valeurs et notre savoir-vivre.”

Le Bloc identitaire se fait connaître en juin 2010 à l’occasion de l’apéro « saucisson-pinard ». Le communiqué du groupe, alors rédigé en partenariat avec Riposte laïque – site internet à tendance islamophobe -, joue sur le registre de l’« occupation » musulmane et peine à dissimuler un fond discriminatoire. SOS Racisme parle aussitôt « d’incitation à la haine » et dénonce la « provocation » d’un « apéro clairement raciste ». Après avoir suscité bien des émois, la manifestation est finalement interdite par la préfecture de police. Depuis ce coup médiatique, les identitaires continuent de créer la controverse en diffusant de faux appels de muezzin, en organisant des « marches des cochons », ou encore en envahissant, affublés de masques en forme de groin, les « Quicks halals ».

D’irréductibles Gaulois?

Le vivre identitaire va donc se nicher dans le rejet du “système.” Chez les jeunes, la référence première est le film Fight Club. “Les mecs ont un quotidien médiocre, des boulots de merde, des meubles Ikea. Au fight club, ils se transcendent,” s’enthousiasme Pierre, “comme dans le film, nous on vient faire sauter le vernis de superficialité qui nous étouffe.” Chez les vieux du Bloc,la référence, plus poussiéreuse, reste télévisuelle. Hugues Bouchu explique:“On vit comme dans la série Le Prisonnier. Tout le monde se ressemble en étant soi-disant dans le vent. Nous on ne veut pas avoir le destin d’une feuille morte.”

Un blockbuster américain et une série britannique comme références? Pas très kasher pour des identitaires. Réaction immédiate de Simon: “Nous ne sommes pas du patriotisme rance, on ne cuit pas dans notre coquille.” Même ton chez Hugues Bouchu: “On n’est pas non plus des ayatollahs de l’identitaire.” Sylvain Crêpon, chercheur spécialiste de l’extrême droite, y voit plutôt une contradiction récurrente du Bloc: “Ils sont contre la mondialisation, mais en utilisent volontiers les outils.”

Alors comment ne pas finir dans le caniveau? Le salut passe par la reconquête d’un héritage dilapidé. “L’identité parisienne c’est comme la Bièvre, un flot enfoui,” attaque Simon. Et Pierre d’enchaîner sur les initiatives du Projet Apache telles que la remise au goût du jour de la canne de combat, un sport qui serait typiquement parisien. “L’arme des camelots du Roi,” note pince-sans-rire Stéphane François.

Ce dernier souligne d’ailleurs que l’esprit “titi parisien” est un legs aux pieds d’argile puisque inventé au 19ème siècle par des provinciaux à la recherche de nouvelles racines dans une ville qui n’était pas la leur. Qu’importe, Pierre relance: “Être parisien, ça passe par plein de choses, les dialogues d’Audiard,par exemple. Et le Communard, vous connaissez? Le vrai cocktail parigot. Vin rouge et crème de cassis.” Avant de conclure: “On est attaché à notre bitume, à la gouaille parisienne.”

Une gouaille un peu mauvais garçon. Vivre identitaire, à les entendre, c’est l’allégresse de l’insolence. La référence devient littéraire. Les “zids,” comme ils s’appellent entre eux, admirent le caractère hussard d’écrivains comme Nimier et Blondin, lequel, rappelle Simon avec gourmandise, mit une claque à Sartre. Alors, dandys à l’Aston Martin? “Pas de dandysme, mais de l’esthétisme,” répond Simon. Là-dessus, Hugues Bouchu ne peut que suivre les jeunes: “On a un côté dionysiaque, rabelaisien, râleur. On est des Gaulois que diable! Des Gaulois en lutte contre le dégueulis quotidien.” Une constante de l’extrême-droite selon Sylvain Crêpon: “C’est le ‘pessimisme joyeux’ contre‘l’optimisme triste des gauchistes’.”

Gaulois…Les militants du Bloc ont parfois la réputation de l’être un peu trop. L’abécédaire identitaire de Philippe Vardon regorge de mots tels que “protège-dents,” “gants,” “bim-bam-boum.” Leur arrive-t-il de faire le coup de poing? Simon et Pierre parlent sans ciller de“culture de la défense.” Hugues Bouchu, issu selon ses propres mots d’un“militantisme de rhumatisme,” préfère parler d’une certaine “virilité,” de“l’adrénaline de la jeunesse” et d’une tendance à “vouloir rentrer dans le lard.” Son énergie, lui, il la dépense en randonnée avec les autres seniors du Bloc, tandis que les jeunes s’affûtent dans le club de free fight Genevofa.Une référence à Sainte Genièvre, symbole de la résistance parisienne face aux Huns. Des thèmes qui, selon Simon, “résonnent encore aujourd’hui”…

Marquer le terroir

Les identitaires tiennent les écolos “pastèques” – vert dehors, rouge dedans – en piètre estime. La “vraie écologie est forcément identitaire,” explique Simon,qui se revendique “consomacteur” et achète des paniers bio à des coopératives.Un aspect ‘localiste’ qui se retrouve dans l’habillement. “On va pas aux Halles pour acheter un pull H&M. On préfère trouver une petite boutique de fringues européennes,” explique-t-il. D’où les Lacoste et Barbour… Une consommation alternative qui traduit leur mixophobie: “On vend la même merde à un métis, il faut se creuser un peu plus le ciboulot pour vendre à un Africain et à un Français. Le métissage, c’est aussi une stratégie économique,” explique les militants.

Mais ce n’est pas parce que l’on parle de terroir que l’on doit vivre dans son coin.Être identitaire, c’est “être un exemple” qui irradie sur l’espace public. Les identitaires veulent marquer le terrain pour

Les identitaires veulent gagner la bataille des mots. L’objectif est d’injecter dans l‘espace public leur vocabulaire. Pour que les idées suivent. “Il faut mettre des mots sur les maux,” explique Hugues Bouchu. Et pour les identitaires, cela se fait à travers les actes quotidiens de quelques militants qui savent vivre à l’envers du “système” jusque dans les moindres détails. Pour garder le franglais en respect, Hugues Bouchu a ainsi changé les réglages par défaut de son téléphone.Son clavier est maintenant en québécois-français. Cela va jusque-là. Et cette stratégie serait en train de fonctionner. “Écoutez France Culture, ils ne disent plus ‘culturel,’ mais ‘identitaire’,” souligne Hugues Bouchu. Même les “bobos” s’y mettent…

Crédit photo Remi Noyon

4 réflexions au sujet de « D’irréductibles Gaulois »

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